Le Groenland n’est pas une dot !
A Davos, Donald Trump a relancé aujourd'hui l’idée d’acquérir le Groenland, tout en jurant qu’il n’emploierait pas la force. Très bien. Mais le simple fait de poser la question comme une transaction trahit un vieux logiciel: la géopolitique en mode mariage arrangé.
Contexte, décor: le retour du langage de seigneur
Davos, tapis rouge, micros bien chauds. Et Trump qui parle du Groenland comme d’un objet qu’on se passe de main en main, avec un petit vernis “rationnel”: sécurité nationale, stratégie, défense antimissile, etc.
Le morceau le plus révélateur, ce n’est même pas l’ambition. C’est la posture. Il dit en gros qu’avec de la force, les États-Unis seraient “unstoppable”, puis ajoute qu’il ne le fera pas. Petite phrase, gros parfum de suzerain: “je pourrais, mais je suis trop magnanime”.
Et au passage, il réclame des “négociations immédiates”. Comme si le Groenland était un dossier de rachat à boucler avant la fin du trimestre.
La dot, version XXIe siècle
Dans les vieux contes, la dot sert à sceller une alliance. On “donne” un territoire, une terre, un nom, une promesse. Le problème, c’est que la dot n’a jamais demandé son avis. Elle passe, elle suit, elle se tait.
C’est exactement ce qui grince ici: parler d’acquérir le Groenland, même sans canon ni débarquement, ramène une logique féodale. Le territoire comme bien patrimonial. Les habitants comme détail administratif. La souveraineté comme clause en bas de page.
Et c’est là que la chevalerie, si on la prend au sérieux, est censée intervenir. Pas la chevalerie cosplay (cape, ego et slogans), mais celle qui tient sur trois mots: service, retenue, consentement.
Chevalerie: protéger n’autorise pas à posséder !
La chevalerie moderne, c’est l’art de protéger sans capturer. Aider sans humilier. Offrir sans exiger la signature au bas du contrat.
Donc non, “je n’utiliserai pas la force” ne suffit pas à rendre l’histoire noble. Parce qu’on peut “ne pas utiliser la force” tout en jouant au bras de fer économique, à la pression diplomatique, aux menaces déguisées. Et ça, c’est juste une autre arme, plus propre sur le papier. (Pratique: ça tache moins les poignets de chemise.)
D’ailleurs, la réaction européenne a été immédiate: des eurodéputés ont gelé un dossier de deal commercial UE–USA en réponse aux menaces de tarifs liées au Groenland. Traduction: si tu transformes la souveraineté en négo, ne sois pas surpris que l’autre camp sorte la caisse à outils.
Bref, pourquoi ça compte
Ce feuilleton dit quelque chose de notre époque: on recycle des mythes simples parce qu’ils performent. “Prendre” un endroit, “posséder” une solution, “gagner” une carte. C’est du storytelling de puissance, facile à vendre, difficile à assumer.
La leçon que je retiens: la noblesse commence là où on renonce à confondre intérêt stratégique et droit de propriété. Le Groenland n’est pas une dot.
Qu'importe la quantité de fond de teint orange, un “gentil” conquérant reste un conquérant, juste mieux habillé.